Aimer à sens unique
J’ai 21 ans, je n’ai jamais été en couple. Début 2025, je suis devenue amie avec un garçon, avec le garçon qui a réussi à accaparer toute mon attention. Il est devenu rapidement plus pour moi, mais ce n’était pas réciproque. C’est justement le sujet de ce texte : aimer à sens unique, aimer l’autre pour deux.
Aujourd’hui, cela fait presque deux mois que l’on ne se parle plus. J’ai pu prendre du recul sur ce qu’il m’a fait ressentir et les conséquences de ces sentiments. J’ai décidé d’écrire sur ce sujet, car je souhaite partager mes sentiments à celles et ceux qui voudraient les entendre, les comprendre. J’écris également cet article afin que, peut-être, d’autres personnes se sentent moins seules. Ce sujet n’est pas tant documenté sur Substack, j’essaye donc d’apporter ma pierre à l’édifice. Merci d’être indulgent.e, les sentiments que je transmets dans ce texte sont très chers à mes yeux et j’ai essayé d’y rester le plus fidèle.
Rapport à son amour
Avant de rencontrer ce garçon, je ne connaissais pas l’amour romantique. C’est à 20 ans que j’ai découvert ce que c’était d’aimer, enfin je crois. Mes copines me disaient que j’étais amoureuse, mais je ne me suis jamais vraiment sentie comme telle. On m’a toujours dit que « quand tu es amoureuse, tu le sais, tu le sens, c’est comme une évidence », pourtant cela n’a jamais été une évidence pour moi. Comment être amoureuse dans autant d’instabilité, sans aucune réciprocité, sans tendresse, sans amour finalement. Mais pour autant, c’est l’une des personnes qui m’est le plus chère. J’aime son idée, son être, son âme, tout en sachant qu’il m’apportait plus de stress et d’incertitudes qu’autre chose, et qu’il ne m’apportera jamais rien de plus. Je ne recevrai jamais de lui l’amour que j’attends.
Je ne sais pas si j’étais amoureuse, mais j’aime l’idée de l’avoir aimé. On m’a appris qu’il n’y avait rien de plus beau que l’amour, et que l’amour à sens unique ne peut qu’être le plus beau car il est désintéressé. C’est cette idée qu’on nous vend dans Passion Simple d’Annie Ernaux. Cette dévotion consumante qu’on doit à l’autre est magnifique et à la limite enviable. Je voulais faire partie de ces femmes qui auraient pu donner leur cœur à l’être aimé, tandis que lui nous tourne le dos. Cette passion, je l’ai longtemps romantisée, malgré le fait qu’elle me rongeait. Je pense même que plus elle me consumait, plus je la romantisais. L’idée que je pouvais mourir pour mon amour me semblait séduisante.
Aujourd’hui, j’essaye de me détacher de cette idée, car cet amour n’est rien à d’autre que destruction. Il est le pur produit du patriarcat. Pour reprendre l’idée de @f0biola, aimer un homme à sens unique est l’apogée de ce rituel d’humiliation. On nous apprend à donner, sans rien recevoir et à être malgré tout heureuses de donner. Comme si l’on devait être reconnaissantes de pourvoir donner notre énergie, notre âme, à l’homme aimé. Aimer est une belle chose, une des plus belles choses qui puissent nous arriver sur terre, mais il ne faut pas oublier que le personnel est politique1.
Rapport à soi
Aimer sans être aimé est une épreuve qui marque l’âme. C’est un coup de massue à l’estime de soi, qui dans mon cas n’était pas très haute. Cet amour n’a pas qu’impacté mon estime de moi, il a impacté ma propre perception, il a transformé le regard que j’avais sur moi et les choses qui m’entouraient.
J’étais devenue obsédée par le fait de savoir comment il me percevait et plus généralement comment il percevait la vie, ce qui l’entourait. Je voulais voir avec ses yeux, me voir avec ses yeux pour savoir ce qu’il pensait de moi. Cela m’a perdue. À force de vouloir savoir comment il me percevait, qui j’étais pour lui, j’en avais oublié ma propre réalité. Je ne savais plus qui j’étais. Ce que je décris est sincère, peut-être que cela vous semble absurde, mais je ne savais plus qui j’étais, ce que je ressentais, si ce que je ressentais était juste. J’avais posé des lunettes déformantes sur mon nez et je ne voulais pas les enlever. Sa vision était pour moi une vérité absolue que je devais découvrir. Cependant, j’étais incapable de voir à travers ses yeux, de savoir ce qu’il pensait. Je me contentais donc de la vision que JE pensais qu’il avait de moi. C’est ici que je me suis perdue. À force de me voir avec ses yeux j’avais oublié qui j’étais. Et comme je n’avais aucune certitude sur comment il me voyait, je n’avais aucune certitude sur qui j’étais.
Cette opposition, entre qui je pensais être et ce qu’il me renvoyait de moi, devenait particulièrement forte et inconfortable quand il me blessait. J’étais blessée, je me sentait légitime de l’être, mais il me faisait comprendre que je ne l’étais pas, que j’étais juste hypersensible. Et comme sa vision était une vérité absolue, que je ne pouvais remettre en question, j’étais perdue. Je ne savais plus ce que je devais ressentir. Cette situation illustre le tiraillement le plus extrême que je pouvais ressentir, mais c’était à peu près comme ça pour toute ma personnalité. À force de me dire que je n’étais pas très drôle, j’en avait oublié que j’arrivais à faire rire mes copines.
Cette relation a changé plus que ma vision de moi, elle m’a changée. Je pense que l’amour, le couple, nous plonge dans une performance constante. Mais lorsque cet amour n’est pas réciproque, cette performance devient toxique et nous ronge (d’autant plus lorsqu’on a un con sans intelligence émotionnelle en face de soi). Toujours être au meilleur de sa forme, toujours être belle, toujours être là pour lui, ne pas être trop chiante, sans rien avoir en retour. Cette performance m’a épuisée, tellement que j’étais devenue irritable lorsqu’il m’apportait moins d’attention. Je ne supportais plus sa présence sans qu’il m’adresse la parole. Je ne supportais plus penser à lui, alors qu’il ne se passait pas une minute sans qu’il soit dans ma tête. Il m’avait fatiguée, lessivée. J’étais épuisée de devoir porter cette relation qu’il ne voulait pas.
La Libération
Il y a deux mois, nous nous sommes disputés, plus précisément il m’avait vexée, je m’étais énervée, puis il a arrêté de me répondre pour la soirée. Cette dispute, je l’ai rapidement vue comme une porte de sortie à cet amour, qui ne me menait nulle part et qui commençait à me détruire. J’étais déterminée à ne plus lui parler, c’était l’humiliation de trop. Le lendemain, il m’avait envo
yé un message pour savoir comment j’allais. J’ai tellement pleuré ce matin-là. J’étais enfin décidée à le laisser partir et il était revenu. J’avais comme l’impression qu’il n’allait jamais me laisser partir. Et après cela le destin m’a fait un signe. Je tombe nez à nez avec lui dans le train, on se regarde, on se sourit, il me dit bonjour, je ne réponds pas, je continue de sourire et puis je pars m’asseoir. Après cela je me suis dit que je ne pourrais jamais le laissé partir, que nos âmes étaient liées. Mais ce fut notre dernier échange. J’ai essayé de revenir, il n’a jamais voulu. Ce souvenir est douloureux, il me rappelle que je l’ai laissé partir. Malgré cela, j’essaye de garder ce souvenir intact et de me contenter de lui. J’essaye d’y voir une forme d’intimité pure, un dernier souvenir que le destin m’a envoyé.
Pourquoi appeler cette partie « la Libération » ? Car aujourd’hui je suis libérée, je ne réfléchis plus à mon comportement, à ce que je ressens, je commence à retrouver qui je suis, je suis apaisée. Cet amour était pour moi une prison et le manque que je ressens aujourd’hui est si doux en comparaison. Il n’est pas taché de rancœurs, de haine et de doutes. Aujourd’hui, je me sens apaisée de savoir que cela est fini. Je suis soulagée de le voir quitter mes pensées doucement et de reprendre le contrôle de mon esprit.
Malgré cet apaisement, il continue de me manquer. Comment cela a-t-il pu arriver ? Je ne cesse d’imaginer une discussion, une explication à cette séparation brutale. Mais je sais que cette explication n’arrivera jamais. Elle est et restera de l’ordre de l’imaginaire. Parfois, il m’arrive de me dire que je lui ai trop donné. Je lui ai tout donné et il n’est pas capable de me donner une explication. Cette pensée m’énerve et puis je me rappelle que « loving someone is never a waste », Nana Osaki. Il ne faut pas regretter d’avoir trop donné. Donner est une belle chose qui devrait nous rendre fière. Cependant, il est important de savoir s’arrêter quand cela devient trop. Et c’est à ce moment que je me suis perdue. J’ai commencé à romantiser le moment où cet amour a commencé à me consumer et j’espère ne pas refaire cette erreur.
Aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir pu lui donner tout l’amour que j’avais et je le suis également de ne plus avoir à le faire. Je suis en paix avec mes sentiments, oui je l’aime, je ne sais si je suis ou j’étais amoureuse, mais ce n’est pas important. Je l’aime et cela passera. Désormais, j’essaye de penser à moi, à mon cœur et de déconstruire cette vision de l’amour.
Je sais que tu ne liras jamais ce texte, mais adieu, je t’ai aimé, aujourd’hui je t’aime encore, mais je ne t’aimerai pas pour toujours.
1 Dans l’article de Fabiola « Aimer un homme = un rituel d’humiliation »




Je me reconnais beaucoup dans ton article, et j'en ai écrit des similaires. J'ai 30 ans et je n'ai jamais été en couple, et j'ai aussi vécu une amitié/relation intense où l'amour n'était pas réciproque. Je voulais donc te dire que tu n'es pas seule, qu'on est beaucoup à vivre ce genre d'expériences, et que sur le long terme, tout ceci nous fait grandir et nous donne de la force ✨
J'ai pensé à cette citation de Musset : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé.
C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ». Même quand certaines histoires ne se terminent pas de la manière dont on l'aurait voulu, le plus important et ce qui mérite le plus d'etre retenu est cet amour qui a une fois existé et qui continuera toujours de vivre en soi. Loving someone is never a waste comme nous l'apprend Nana. Mais, cela n'empêche pas de tourner la page et souvent certains échecs relationnels nous apprennent à nous tourner vers notre guérison personnelle. Je te souhaite d'autres histoires d'amours encore plus belles et qui cette fois-ci révéleront ce qu'il y a de meilleur en toi.